
Avec Nicolas Sarkozy, tout est possible !
La nouvelle est officielle : bientôt, les nouvelles seront officielles. Ceux qui ont connu la "télé à papa" savent déjà de quoi je parle. Il fut un temps où la télévision était aux ordres, où le patron de la chaîne était nommé par l'Etat. Si, si, c'était il y a bien longtemps, demandez au Général. En 68, les affiches des étudiants de l'école des Beaux Arts dénonçaient la télévision d'état, la censure et le poids du pouvoir sur l'information.
Jamais je n'aurais imaginé qu'un jour un projet de loi gouvernemental s'attribuerait à nouveau le pouvoir de nommer le Président de France Télévision. C'est donc maintenant le gouvernement qui présidera l'audiovisuelle publique ! (je pratique le raccourci, certes, mais il faut faire court ; de toute façon le contrôle par la majorité parlementaire n'est pas un garde fou suffisant ) Effarant !
La ministre de la culture est venue souriante expliquée sur le plateau du 20h sa tutelle et le "principe de responsabilité". Avec un naturel de bon aloi et digne des temps où cette mission était dévolue au "Ministre de l'information", elle est même devenue en l'espace de 3 phrases et 4 minutes, Directrice des programmes : maintenant le prime time commencera à 20h30 et la 2eme partie de soirée à 10h30.
Nicolas Sarkozy, l'ami des présidents des chaînes privées (Bouygues, Bolloré,...) devient maintenant le patron des présidents des chaînes publiques. La télé enchaînée ?
Jamais je n'aurais imaginé qu'un jour j'aurais à défendre la pub à la télé ! (C'est la deuxième nouvelle du jour) Cette fois on y est : la pub va disparaître de France 2, 3, 4, 5,...
C'est maintenant à coup de taxes sur l'internet et sur les diffuseurs privés, que l'on sera censé produire et faire vivre nos chaînes et nos émissions préférées. Ne va t-on pas plutôt paupériser le service public ? (Et, par transfert de la manne publicitaire, enrichir plus encore le privé et les amis du président ?)
On nous présente la chose de façon avantageuse. Ainsi la télévision publique gagnerait en autonomie en se libérant du diktat de l'audience. Enfin libre, nos chaînes publiques seront enfin dignes des français et de la notion de service public.
On se souvient de la réplique de Patrick de Carolis : "Lorsqu'on dit qu'il n'y a pas de différence entre la télévision du service public et les télévisions privées, je trouve cela faux, je trouve cela stupide et je trouve cela injuste, profondément injuste"
Souvenons-nous en effet de quelques bons moments culturels où la télé publique a "cassé la baraque". Par exemple, j'ai en mémoire ce docu-fiction proposé par Yves Coppens, l'Odyssée de l'Espèce sur France 3, qui avait battu des records d'audience. Un jour, on s'entendra dire : "C'était le bon temps, quand y avait d' la pub sur France 3 !" (Que le capitalisme est cynique : voila qu'on se surprend à défendre l'économie de marché et la publicité, qui n'ont pas besoin de moi pour être défendues, au nom de la culture et de la continuité du service public !)
L'argument qui prétend voir la course à l'audience mise à distance est fallacieux à plus d'un titre. Par quelle opération du Saint Esprit, ce critère d'aide à la décision disparaîtrait. Quand le critère économique saute, c'est alors le critère politique (au sens large) qui prend le dessus. Cela a une signification ; elle influe sur le projet. Quels nouveaux critères de décision et d'évaluation ? L'éthique ou le service ne seront pas plus garantie dans un système ou l'autre. Quel Président de chaîne et quel ministre ne seront pas liés par leurs résultats ? Qui peut croire qu'ils n'auront pas à rendre des comptes entre eux et devant la nation ? Quelles relations plus ou moins perverses s'installeront alors au sein de la maison comme avec l'autorité de tutelle ?
On a aussi entendu Christine Albanel s'appuyer sur la crise financière pour expliquer qu'en libérant la télévision publique de sa dépendance à la vente d'espace et aux marchés elle gagnerait en stabilité de financement.
La crise a bon dos. L'argument est pratique mais faux : les nouveaux revenus de France Télévision seront eux aussi adossés à une économie (connexe) puisque les taxes sur l'internet et les diffuseurs privés constitueront la principale ressource.
On peut même penser que cette dépendance à des activités sur lesquelles sa propre production télévisuelle n'a pas prise, sur lesquelles nos actions (commerciales, programmatiques, etc) n'ont pas d'influence directe est une source de fragilisation.
(c'est un peu comme dire au paysan d'aller labourer son champs en lui proposant d'attendre que son voisin lui prête son tracteur... et encore faut-il que le tracteur soit bien entretenu par ce même voisin)
Pour sauver France 2, regardez TF1 !




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