Sous le titre "Pourquoi je suis contre Kleber Haedens comme nom de collège pour ma ville", un garrenois, Phil Bert, (la Garenne-Colombe) a écrit la note suivante. Je n'ai pas grand chose à ajouter si ce n'est qu'un fronton de collège ne peut rendre immortel un écrivain si sulfureux ayant, de surcroît, écrit, avant la guerre, dans "Je suis partout" . Laissons à un Garrenois le soin de nous expliquer son refus républicain (Allez aussi voir la note de Pierre Assouline):
Pourquoi je suis contre Kleber Haedens comme nom de collège pour ma ville Sources Internet diverses et (fastidieuses) lectures dont je tiens la liste à disposition.
Kleber Haedens est décrit comme "un vieux briscard de l'Action française, une figure emblématique de la Réaction entretenu dans une bulle d'alcool". Kleber Haedens a participé à l’Action Française, Combat, Idées, l’Insurgé, qui ont tous la particularité de défendre des positions nationalistes et maurrassiennes, puis à Compagnons, chargée de diffuser, en particulier auprès des jeunes l’esprit et la morale de la Révolution Nationale du Marechal Pétain. Kleber Haedens après-guerre, alors que la parution de l’Action Française est interdite et Charles Maurras emprisonné, rejoint l’équipe de rédaction d’Aspects de La France une revue qui avait pour objectif de relancer la doctrine du "nationalisme intégral" en même temps que le projet monarchiste de l’Action Française. Ce périodique était alors dirigé par l’ancien Commissaire aux questions juives de Vichy, Xavier Vallat, instigateur de la politique antisémite de Vichy. Celui qui avait notamment pris en charge le second statut des juifs et leur recensement ainsi que la loi qui organisait l’appropriation des biens juifs par le régime de Vichy. Kleber Haedens était à ce moment le secrétaire privé "le plus dévoué" de Charles Maurras. En 1962 Kleber Haedens collabore au Nouveau Candide, un hebdomadaire destiné à promouvoir l’Algérie Française et dont un des autres chroniqueurs, Jean-François Steiner deviendra l'animateur du comité de défense de Maurice Papon. Kleber Haedens à cette époque aurait fait partie de l'OAS* avec ses amis Roger Nimier et Jacques Laurent. (sous réserve) Quant à Une Histoire de La Littérature Française, je vois qu'elle fût préfacée par Michel Déon qui sous l'occupation, était en zone sud secrétaire de rédaction à L'Action française auprès de Charles Maurras et que Jean d’Ormesson (que j'aime beaucoup) disait de cette histoire de la littérature française qu'elle était un pamphlet très à droite et un ouvrage de combat.. En 1968, à l’occasion du centenaire de la naissance de Maurras et alors que la jeunesse refaisait le monde, un Comité Charles Maurras, présidé par le duc Antoine de Lévis-Mirepoix avait été créé à Paris et comptait dans ses rangs ….. un certain Kléber Haedens.
Sur Internet enfin, le petit monde royaliste et nationaliste semble toujours considérer Kleber Haedens comme un écrivain de référence pour leur camp, au sens propre comme au sens figuré...
...Une histoire de la littérature française est chaudement recommandée par l'Action française étudiante (http://afe-blog.com ) pour une bonne préparation du "camp", l'université d'été des jeunes royalistes.
NDLR : un jour, Philippe Juvin, maire de ma ville et médecin m'a donné un conseil d'ordre médical. Je l'ai suivi sans sourciller. N'est-il pas médecin avant tout chose ? Je ne suis pas de ceux qui remettent en cause une ordonnance. Ce jour-là, il avait raison et moi aussi, de suivre son avis. Maintenant quand Philippe Juvin recommande chaudement et par voix de Presse un livre ou un auteur, je n'ai pas forcement envie de suivre son avis. C'est un médecin, pas mon professeur de Lettres et je ne suis plus en train de préparer mon Bac Philo. En matière littéraire, si j'accepte volontiers un conseil de lecture, je n'aime pas que l'on me force la main. C'est pourtant ce qui est en train d'arriver à La Garenne-Colombes où, depuis quelques jours "Une Histoire de la littérature française" d'un certain Kleber Haedens semble être devenue une lecture quasiment obligatoire pour faire bonne figure dans le débat qui secoue la ville en ce moment. Faut-il ou pas donner le nom de Kleber Haedens au futur collège de La Garenne-Colombes ? Apprenant que ce même ouvrage sera remis par la mairie comme "ouvrage critique" aux élèves de Sixième en guise de cadeau de bienvenue dans l'école de la République, je me suis posé la question : mais qu'a donc fait ou écrit cet inconnu pour qu'on impose ou presque à des enfants de onze ans cette lecture plutôt qu'une autre ? Pourquoi tenir la main, que dis-je, le cerveau encore malléable de milliers d'enfants quand ceux-ci ont déjà du mal à lire et retenir l'essentiel : ce socle commun que l'on a déjà tant de peine à leur faire "absorber" ? Je me suis donc penché, non pas sur l'œuvre, il semblerait que le conseil municipal s'y soit déjà "collé" mais sur l'homme, Kleber Haedens. J'ai fait comme n'importe quel collégien avant de rendre sa copie, j'ai été voir sur Google ce que l'on pouvait bien apprendre sur ce Kleber Haedens qu'aucun parent, aucun professeur, aucun ami ne connaissait (je dois avouer que j'y ai mis plus de coeur qu'un collégien de douze ans). Oh surprise ! Je découvre que Kleber Haedens est bien le personnage décrit plus haut. Oh stupeur ! Ce week-end j'apprends sur Internet que de jeunes (ou moins jeunes) royalistes se disent prêts à venir en découdre sur place, à La garenne-Colombes avec ceux qui ne seraient pas d'accord avec ce choix. Là, je me suis dit : il y a un véritable problème. Ce Kleber Haedens mérite t-il un tel coup de projecteur ? Faut-il inclure ce Kleber Haedens au socle commun de l'enseignement secondaire ? Faut-il vraiment lever une armée, aujourd'hui à La Garenne-Colombes, pour barrer la route à une poignée de royalistes ou de nationalistes prêt à en venir aux mains (véridique). Non, décidément "tout cela fait vraiment désordre". Laissons Kleber Haedens dans les poubelles de l'Histoire d'où il n'aurait jamais du ressortir. Si je n'ai pas pour habitude que l'on me force la main en matière de lecture, je l'ai encore moins quand il s'agit de mes idées. Si j'ai désormais un avis sur ce Kleber Haedens ce n'est pas parce qu'un maire, une équipe municipale ou son opposition me l'a dicté mais parce que j'ai passé un certain nombre de nuits à vérifier par moi-même les informations, en remontant avec soins tous les fils qui m'avaient été donnés par les uns ou les autres. Ce qui est écrit plus haut est bien la vérité. Peu importe les qualités de plume de ce monsieur Haedens, nous ne sommes pas dans un salon littéraire mais dans une commune qui doit baptiser un nouveau collège. Et il y a meilleure référence pour donner à nos enfants le socle commun de savoir et de valeurs dont ils auront cruellement besoin pour leur avenir. Je ne vous remercie pas, Monsieur le Maire d'avoir proposé ce nom à votre conseil municipal. Je ne vous remercie pas mesdames et messieurs les conseillers municipaux d'avoir entériné ce choix sans vous être plus informé. Je ne remercierais pas plus les conseillers généraux si, par malheur un tel choix était suivi, cette fois en toute connaissance car il ne me semble pas bon de donner à lire à des enfants de onze à seize ans des ouvrages qu'ils ne sauraient décrypter. De donner comme exemple un personnage qui a passé toute sa vie à dénigrer la République telle que nous la défendons aujourd'hui. Enfin, je ne remercierai personne d'avoir désigné ma ville comme un futur champ de bataille probable. Pauvres gosses ! PhilBert
Post scriptum : et dire que le nom de Jacques TATI, un réalisateur de talent qui a vécu et travaillé à La Garenne-Colombes fait l'unanimité de tous les garennois ! Pourquoi aller faire les poubelles ?




Merci d'avoir parlé de cette affaire sur votre blog! Nous avons désormais dans notre ville un collège avec une plaque commémorative au nom du 'plus dévoué des secrétaires particuliers de Charles Maurras...', que notre maire s'obstine à présenter comme 'un esprit libre et anticonformiste...'. Mais tant que le nom du collège n'aura pas été définitivement validé par le conseil d'administration, rien n'est définitif.
La pétition lancée sur le site www.la-garenne-democrate.com compte aujourd'hui plus de 700 signatures. Le combat continue!
Martine Bonnin, MoDem La Garenne-Colombes.
Rédigé par : Martine B | vendredi 28 novembre 2008 à 20h58
Tati pourquoi pas ? Mais est-ce une raison pour s'exciter avec tant de haine sur Kleber Haedens? Relisez donc « Une histoire de la littérature française », ce livre irremplaçable et capable d’éveiller l’esprit critique. Mais que de bile déversée sur un écrivain merveilleux de grâce et de pertinence !!! Quel sectarisme préfabriqué ! Comment peut-on jeter l'opprobre sur l'auteur d'Adios ou de Magnolia Jules ? Qu'il ait été proche de Maurras en un temps (sans s'abaisser à la collaboration) : qui n'a pas été fasciné à un moment ou l'autre de sa vie par telle ou telle pensée, quitte à revoir sa copie à la lumière de l'expérience de la vie... A 20 ans on épouse Marx et cela n'empêche pas d'aimer Mauriac ou Nimier ou Marcel Aymé par la suite ! On peut tout aussi bien commencer par aimer Claudel et finir par admirer Sartre bien davantage. Relisez (ou découvrez) Kleber Haedens avant de le fustiger , essayez de penser autrement que le doigt sur la couture du pantalon. Haedens était un esprit libre avant tout, un formidable éveilleur de pensée, un modèle d'indépendance et d'esprit critique, et surtout un écrivain hors pair, un styliste comme on en chercherait en vain parmi les romanciers d'aujourd'hui, hormis quelques belles plumes comme celle de Jean d'Ormesson justement et quelques autres. Et cessez cette opposition gauche-droite qui est le plus souvent stérile et paralysante. J'aime Breton, Eluard et Aragon, et j'aime aussi Blondin et Kleber Haedens : on ne mettra jamais mon esprit en prison !
Rédigé par : Homme libre | lundi 01 décembre 2008 à 12h17
Bonjour "Homme libre", je peux entendre (ou plutôt lire)votre commentaire quand on l'écoute sous l'angle culturel.
Il ne s'agit pas d'un débat gauche-droite. La question posée est de savoir si un collège, (espace républicain et espace d'apprentissage) peut porter sur son fronton le nom d'un écrivain aussi marqué par ce passé là. Nous ne sommes pas entrain de nommer une rue ou un bâtiment public quelconque.
Un collège et son nom, cela implique une valeur symbolique particulière. L'émotion suscitée vient aussi de là; c'est pourquoi j'ai relayé cet appel.
Je crois que ceux qui se sont indignés sont comme vous sensibles à la liberté.
Merci quoiqu'il en soit du débat soulevé et de votre commentaire qui nourrit la réflexion.
A bientôt
Rédigé par : Sylvain Canet | lundi 01 décembre 2008 à 13h21
Je rejoins complètement les propos de "Homme libre". Avant tout, Kleber Haedens était un esprit superbement brillant, et un type convivial et chaleureux. C'est un hommage à ces qualités là, que représente ce baptème de collège. Kleber Haedens était aussi un esprit libre, caractéristique très "Modem", et je trouve déplacé le procès que vous lui faites.
Oui, je trouve bon que les élèves, qu'ils soient de gauche ou de droite, empruntent les voies qu'a suivi Haedens : celles de la culture, celles de l'amitié, celles de l'excellence, et aussi celle de l'engagement, quel qu'il soit, pourvu qu'il soit honnête.
L'ouverture d'esprit, c'est aussi de reconnaître l'excellence pour elle même, fut elle dans le camp d'en face.
Rédigé par : Steven Carlier | vendredi 05 décembre 2008 à 15h26