Voici ma contribution au débat qui aura lieu ce soir au siège du MoDem. Ou plutôt voici celle de Carl Bergeron.
Dans un texte du 8 novembre, 4 jours après l'élection de Barack Obama, au moment où l'obamania sans limite nous enthousiasme tous (ou presque, excusez le raccourci) ce "polémiste de l'intelligence" aux mots aiguisés comme des couteaux apporte là une vision critique que tout démocrate et humaniste doit lire pour mieux se distancier de l'évènement.
Je ne partage pas tout, mais réfléchissons-y.
Extrait (Texte intégral ici): « Maîtrisant parfaitement les ficelles du Show, les organisateurs d’Obama offrent sur le site web une fonction bien spéciale, “Tell us your story”, où les fans-électeurs peuvent venir partager leur expérience de ce grandiose “American Moment”. Interaction, câblage des émotions, réseautage des affects. L’Amérique, de nouveau, peut enfin se passionner pour une “successfull story” qui ne soit pas une simple question d’argent. Le génie des metteurs en scène d’Obama a été de joindre, dans ce personnage d’ores et déjà qualifié “d’historique”, l’attrait de la réussite individuelle et le narcissisme vendeur d’un droit-de-l’hommisme fourre-tout. (…) Qui veut savoir la vérité lorsqu’il se laisse envoûter par une “story” ? Qui veut savoir que c’est une fiction, et que la réalité est toujours plus crue, plus choquante, plus dégoûtante que ce que l’on croyait ? Le plus stupéfiant, c’est que le discours “historique”, l’apologie publijournalistique de “la marche de l’Histoire” revient en force alors que ce qui faisait précisément le sel de l’Histoire (les conflits, les gestes fondateurs, les conquêtes) est devenu, depuis 1989, complètement inintelligible. L’History a été remplacé par un “storytelling” collectif où s’efface le sens politique. Seul reste, en guise de liant social, le pathos humanitaire de la “résilience”, mêlé au culte bioracialiste du “métissage”, promesse de toutes les réconciliations et de toutes les fusions. Obama incarne, dans sa personne, et surtout dans son personnage, ce dangereux programme de dévaluation du politique. ».
Ou encore :
"Dans un billet précédent de L’I. C., je disais reconnaître volontiers le caractère spécial de l’élection d’un premier Noir à la présidence des États-Unis, considérant le passé raciste de ce pays. Je dois admettre que, au vu du délire racialiste actuel, je regrette de l’avoir fait. L’accent mis sur l’origine raciale d’Obama, surtout par la gauche médiatique, a quelque chose de glaçant, et a contribué à poser l’élection dans des termes explicitement néo-antiracistes, et implicitement néo-antifascistes. Par exemple, j’ai lu à plusieurs reprises, encore une fois sous des plumes respectables, que la double origine ethnique d’Obama le prédisposerait davantage à la tolérance, sous-entendant par là que les citoyens “de souche” seraient, en quelque sorte ethniquement, enclins à des pulsions racisantes, voire fascisantes. Il me semble pourtant que la “tolérance”, dans son sens originel des Lumières, est une vertu transmissible non par l’ethnie, mais par la culture. La gymnastique rhétorique faisant des “multiples appartenances culturelles” un vecteur de tolérance est moins choquante que l’approche ethnicisante, mais elle est toute aussi aberrante. L’une comme l’autre trahissent surtout l’idéologisation de la notion de “tolérance”, et l’incapacité concomitante des Occidentaux à assumer le fardeau de l’universalité. Quand le sens de la culture s’étiole, quand son poids anthropologique s’affaisse, quand le relativisme s’installe, commence l’illusoire ressourcement par la nature, ou encore par “l’idéologie de la nature”.




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