Un petit échange simple avec une amie qui vit en Guadeloupe (pas une béké , une simple métropolitaine). Vécu :
"Salut Sylvain !
(...) … tu sais, on reçoit tellement de mails, infos, intox, pétitions, etc… qu'on ne sait plus où donner de la tête !
L'ambiance est certes ici très tendue, très chaude et j'espère que nous n'aurons pas à partir : les Pieds Noirs II, le retour !… je t'avoue que cette perspective m'a traversé l'esprit, mais pour le moment, je reste optimiste et ne préfère pas y penser !! En tous cas, je te remercie pour ton soutien…
Le point le plus sensible : les 200€ d'augmentation de salaires. Complètement irréalisable dans la mesure où le gouvernement renvoie la balle aux socio-professionnels et que ces derniers ne sont pas tous en mesure d'accéder à cette requête…
il faut savoir qu'en Guada, 96 % des entrepreneurs (env. +10 000) sont des PME avec moins de 20 salariés, qui sont déjà étouffées par les charges, une augmentation de 200€ net finirait de les achever ! Pour info, env 150 entreprises ont déjà déposé officiellement le bilan depuis le début des hostilités.
Il faudrait que le LKP (jdlr : Lyennaj Kont Pwofitasyon, union contre la "profitassion", mouvement indépendantiste de surcroît), avec à sa tête, M. Domota, qui est lui-même cadre de l'ANPE, relâche la pression, et comprenne que dans toutes négociations, il y a des compromis, mot a priori banni de son vocabulaire… et qu'il arrête de faire régner une sorte de terreur où l'on vire dans l'éternel clivage blanc/noir (les rares entreprises ouvertes à jarry sont évacuées quotidiennement par les forces de l'ordre, pour éviter les problèmes) et que tous les entrepreneurs ne sont pas des Békés colonialistes pétés de fric !
Bon, on n'en n'est pas encore là… certes le groupe HAYOT est tentaculaire ici, et fait un max de profit sur notre dos dans la mesure où il a le monopole dans la grande distribution / l'automobile et la majeure partie des intermédiaires d'importation sont aussi ses entreprises.
Je ne sais pas si tu as vu ce reportage édifiant sur C+ sur les Békés martiniquais (A VOIR ABSOLUMENT, LE MONOPOLE BEKES EN MARTINIQUE. EMISSION DE CANAL + DIFFUSEE LE 6/02/2009) voir ci-dessous.
… Mais les chiffres sont affolants : le groupe B Hayot a + de 40 % des parts de marchés, alors que le quota maxi autorisé est de 25 % !!! Merci qui ? Merci le gouvernement et toutes ses magouilles qui favorisent l'intérêt des fortunes locales ! Quand on voit comment M. de Lucy (bras droit Hayot) rentre à l'Elysée comme chez un pote, on peut se poser des questions... On peut aussi se demander pourquoi cette émission a été diffusée à cette période pas vraiment propice !!
Niveau ravitaillement alimentaire, c'est la Pologne !! Niveau boulot, tu t'en doutes bien, la pub n'est pas le domaine le plus rémunérateur en ce moment !! Niveau moral, j'ai connu mieux… Bref, c'est harakiri version guadeloupe !!
Allez, j'vais aller faire bosser un peu ma fille (romane, 14 ans) histoire de rester connecter au monde scolaire… qui a fermé ses portes depuis 4 semaines.
Bises, N "




La Guadeloupe est entrée dans sa cinquième semaine de grève générale. Ce conflit a vu émerger une plate-forme de revendications comprenant près de 150 points. Et beaucoup de ces questions sont dénoncées depuis plus de 10 années tant par les syndicats que par les associations.
Les pouvoirs publics ont fait la sourde oreille et tous ces mouvements ont fini par se coaliser.
Le gouvernement est pris de court par cette grève générale, sans relais local, face à des représentants syndicaux et des associations fortement mobilisés, qui continuent d'en appeler à "la responsabilité et à la solidarité" de l'Etat pour mettre fin aux inégalités les plus flagrantes. Le Président de la République n'apporte pas de réponse pertinente aux revendications des collectifs et des syndicats
Il faut bien voir que les frontières de l’idéologie syndicale se sont effacées: la CFTC, la FSU sont aux côtés de l’UGTG, le principal syndicat avec 6.000 adhérents et 51% des voix aux dernières élections prud’homales, d’obédience nationaliste. On retrouve les Verts, la Centrale des Travailleurs Unis (CTU) qui maîtrise totalement les rouages des marges excessives du patronat en sortant de nombreux dossiers depuis le 20 janvier 2009. Parmi ces 46 organisations sont présentes des associations culturelles.
Le socle de cette coalition est le profond sentiment d’injustice de la population qu’elle soit blanche, d’origine africaine ou indienne, majoritairement touchée par le chômage.
le coût de la vie à la Guadeloupe est deux fois plus élevé qu’en métropole.
Le principal problème vient du patronat local qui a fait le deuil de l'équité.
Les descendants des propriétaires de l’époque coloniale détiennent 90% de l’économie. Ce n’est pas une opposition de races car de nombreux blancs pauvres font partie des protestataires. C’est d’abord une protestation contre ces détenteurs de privilèges hérités qui règnent en despotes, (un vrai problème de discrimination hérités de l’époque esclavagiste).
Le plus surprenant : c’est l’attitude des élus locaux. Ils ont regardé le problème guadeloupéen selon les schémas de la métropole. Ils se sont dits: «ça va s’éteindre, comme ça s’éteint traditionnellement en métropole». Victorin Lurel, le président PS conseil régional, a tardé à prendre au sérieux la grève. Ceci n’est pas pour redonner confiance dans le monde politique. Ce qui a choqué, c’est le manque de savoir vivre d’Yves Jégo qui repart de Guadeloupe sans prévenir, alors qu’il avait des réunions prévues. Cela les Guadeloupéen ne lui pardonneront pas.
Il y a quelques jours, plus 20 000 personnes ont manifesté dans les rues de Pointe-à-Pitre. C’est l’équivalent d’un défilé de 3 millions de personnes à Paris.
L’Etat s’est rendu compte un peu tard qu’il fallait agir, c’est maintenant qu’il faut tirer collectivement les leçons sur la situation antillaise et mener une réflexion d'ensemble aboutissant à des réformes sérieuses.
Rédigé par : martial | lundi 02 mars 2009 à 14h29
43ème jour de grève...Souhaitons que l'on parvienne rapidement à une issue à ce conflit?
Rédigé par : Alexandre Ampilhac | mercredi 04 mars 2009 à 16h06