Note du mardi 9 faisant suite aux 3 constats précédents : constat 1, constat 2, constat 3.
Au-delà du "revers" électoral, je reste convaincu que la voie démocrate tracée par François Bayrou reste la bonne.
Mais je ne suis pas étonné du résultat de ces élections européennes.
Je n'approfondirai pas les explications conjoncturelles déjà entendues. Celles qui vont d'un débat raté jeudi soir à un vendredi très environnementaliste (Mais pourquoi s'en plaindre ?!) en passant par l'impact d'une figure européenne en la personne de Daniel Cohn-Bendit qui a su s'associer et faire entendre des co-listiers suffisamment société civile pour que les marqueurs "fraicheur politique" et "urgence climatique " soient repérés et valorisés. Une campagne politisée quand il semble que les électeurs ne le soient pas, 3 jours qui ont vu fondre des estimations plus encourageantes, …, et voilà l'effet orange profiter à des verts qui raflent la mise de cet "autrement" que nous inventions en 2007.
S'il y a bien une chose qui compte dans une organisation politique en mouvement, c'est le mouvement ! Je suis sûr qu'au national, le bureau exécutif aura plus de facilités à l'autocritique et à se réformer. Les résistances viennent d'ailleurs, des structures locales. Allons chercher nos propres travers. Soyons les "rénovateurs"; Jouons notre rôle pour être entendus et déverrouiller les modes de fonctionnement. Surtout quand se profilent déjà des régionales qui verront les mêmes symptomes renaître.
Plutôt que m'arrêter sur les causes exogènes au MoDem, abordons celles, plus endogènes, qui montent, voire qui grondent, depuis plusieurs mois.
Allons chercher à l'intérieur de nos fondements et de quelques incapacités structurelles, qui ne sont pas irrémédiables, les ressorts qui nous permettront de rebondir.
Que le MoDem sombre en même temps que le PS est un premier signe révélateur. Ce sont les mêmes peaux de banane, les mêmes recettes usées et les mêmes rigidités qui nous font manquer ce "sex-appeal" qu'à su incarner Europe Ecologie.
Comme si les démocrates, censés incarner le renouveau politique, avaient raté leur entrée. Engoncés dans un costume trop étriqué, nous portons les mêmes stigmates que l'appareil socialiste. Nous voilà remisés au statut peu enviable de parti traditionnel ayant oublié d'écouter et surtout de respirer.
Comment les listes de Cohn-Bendit ont-elles su capter des attributs de modernité que 2 ans de construction d'un mouvement politique nouveau et orange devaient faire jaillir ?
Comment ce mouvement est-il devenu un parti ? Comment ce parti a vieilli avant même de prendre son envol ? Comment a-t-il pu se perdre dans une posture et un cadre si mortel qu'il en perdit les aspérités réjouissantes nées en 2007 ?
Les réponses sont contenues dans notre histoire récente.
Nous sommes nombreux à avoir rejoint François Bayrou dés qu'il a lancé cette mutation politique de l'Udf au MoDem. Nous arrivions ouverts et très demandeurs parce que nous attendions cela depuis des décennies. Pour ma part, j'avais déjà espéré Delors ou Rocard, c'est Bayrou qui l'a fait : une nouvelle respiration idéologique et politique, un mouvement démocrate.
L'Udf n'a pas su gérer sa mue. L'Udf a eu un problème de digestion : trop d'arrivées en masse de militants et de leaders venus de la société civile, tous impatients d'agir en politique aussi. Cet enthousiasme un peu débridé pour un parti sage, habitué aux compromis, un peu mou même, avait de quoi déranger quelques conservateurs secoués par tant de chambardements. Brusqués un temps, ils ont vite su se reprendre et verrouiller le système à l'occasion d'élections internes.
Quant aux nouveaux venus, ils ont peut-être eut un peu de mal à "faire de la politique", en interne comme en externe, à s'opposer, à s'imposer, quand beaucoup s'étaient engagés dans une "culture de rassemblement", parfois "bon enfant".
La révolution culturelle de l'extrême-centre n'est pas ressentie dehors parce qu'elle n'a pas eu lieu dedans.
La peur de la perte de contrôle, la difficulté de laisser s'épanouir ici et là des rencontres, des méthodes, des discours plus pêchus, plus radicaux ou plus différents ont emporté un désir profond de rénovation qu'exprime cette ritournelle bien de chez nous : "Faire de la politique autrement"
Et puis, le MoDem est entré dans le club des partis institués, qui existe, c'est bien. Mais ce faisant il finit, tel un parti classique, par être sanctionné de la même façon, emporté par la même vague. Il n'a pas su rester jeune, ni trouver encore le bon niveau de modernité. Après l'élan post-présidentiel, un appareil lourdingue et mortifère l'a vite emporté. Avec lui les aparatchiks et les petits notables se sont bien arrangés.
Les nouveaux militants, comme les anciens restés et convaincus, ont eu un mal fou à réveiller, voire à révéler la vraie nature du Modem, celle qu'ils pressentaient parce qu'ils en étaient déjà imprégnés, mais celle que nous n'avons pas totalement cernée encore.
Des résistances d'un coté, des maladresses de l'autre, la nouvelle udf gémissait mais ne voulut pas l'entendre. La surdité est parfois confortable.
Je ne crois pas que ce soit F. Bayrou qui en soit la cause. Il a montré cette parole nouvelle de l'opposant à un modèle, au sarkozysme. Une parole ferme, avec du sens, de la profondeur et de la force. Je crois plutôt que c'est la traduction qui en est faite par un système de parti, ses déclinaisons et ses précautions départementales et locales.
Je crois aussi que, plus que la collégialité, c'est une réelle ouverture qui n'a pas eu lieu. Du comité exécutif jusqu'aux autres instances, on ne voit pas assez de nouveaux, ni de paroles différentes et nouvelles s'exprimer. Cela aurait pu, entre autre, éviter une campagne de communication mauvaise (Le communiquant que je suis aura l'occasion d'y revenir) et une meilleure réactivité idéologique.
En ne sachant pas devenir le parti de la rénovation et de la nouvelle façon de faire de la politique, le MoDem n'affiche toujours pas un positionnement lisible. Pour peu qu'il se perde dans des négos mal comprises lors des dernières municipales (ou régionales) et nous finissons de nous tirer une balle dans le pied.
Finalement la crise de digestion s'est transformée en "crise de foi" : militants et électeurs ont commencé de fuir. De premiers signes apparaissaient déjà dans les clivages des élections internes et quelques démissions à l'automne.
Je crois que nous devons prendre la mesure de notre rôle.
En piétinant, en faisant du sur place, le MoDem a manqué sa première vie. Debout et à haute voix, nous repartirons.
Militants, conseillers départementaux, vice-présidents, élus, nous pouvons rebondir.
C'est un appel : Les rénovateurs de tous poils doivent dire et se lever.
J'ai déjà eu l'occasion d'écrire et répéter la nécessaire agitation d'idées qui devait naître de la construction d'une ouverture vers la société civile et le monde associatif, vers les nouvelles formes d'engagements capables de nourrir des modes de fonctionnement et de communication nouveaux. Cette création collaborative passe difficilement auprès de ceux qui défendent un esprit de famille.
Or aujourd'hui il faut aussi faire tomber les lignes de démarcation.
Tout comme il nous faut devenir un parti populaire et sortir de cette "culture du compromis" qui ne mène à rien.
Un parti de combat n'est pas un parti de consensus. C'est un mouvement qui invente, dit haut et fort, provoque le débat et crée le buzz.
Les structures nationales, régionales et départementales doivent bouger. Assez de la molle concertation, de l'auto-satisfaction et de la douce entente. Assez des clans aussi.
Nous avons su faire avec tous les démocrates (chrétiens, sociaux, ...) Pour construire un parti populaire, ce MoDem doit savoir ne pas perdre ses amis venus de la gauche. Tout comme il aura besoin de connecteurs crédibles et sincères pour passer des accords avec les verts, les mouvements associatifs et des sociaux-démocrates qu'ils ne faut pas perdre.
Pour rénover la politique nous avons inventé le MoDem.
Rénovateurs, prenons la parole !




Merci Sylvain pour cette belle analyse. J'espère que nous pourrons participer à cette rénovation de l'intérieur qui est nécessaire.
Je n'aime pas beaucoup l'ambiance réglements de comptes lue ici et là ces derniers jours. Encore moins ceux qui, a posteriori, viennent expliquer ce qu'il aurait fallu faire. Dans ce contexte, ton analyse constructive est rafraichissante. On peut faire mieux, on doit faire mieux. Mais faisons le tous ensemble !
Rédigé par : Guillaume (Tours) | mardi 09 juin 2009 à 18h08
Très beau billet, et constructif, bravo !
Cependant un bémol. Quand vous écrivez "Les nouveaux militants, comme les anciens restés et convaincus, ont eu un mal fou...", etc., ça donne l'impression que c'est une question de personnes (gentils contre méchants). Je n'en crois rien, ou très peu de choses !!! Je crois que c'est une question de situation. Le néo-militant le mieux intentionné, pris dans les dédales de négociations municipales, peut (essayer de) jouer plus retors que les initiés les plus blanchis sous le harnais.
Et inversement, des militants passés par x campagnes et x années de Conseil municipal ont agi de façon totalement droite et cohérente avec l'ambition démocrate.
Je crois encore et toujours que "tout est dans les institutions" du parti (comme d'une association, d'une entreprise etc.) ; si elles n'encouragent pas l'engagement actif et transparent, si elles donnent une prime aux (micro)pouvoirs en place, à la manoeuvre tactique et au coup tordu, ce dernier l'emporte presque à tous les coups.
Rédigé par : FrédéricLN | mardi 09 juin 2009 à 22h03
Oui Frédéric, très juste le bémol !
Je fais référence à de nombreuses situations qui sont actuellement du vécu dans nombre de départements. C'est notre histoire, partie intégrante du MoDem, qu'il faut revisiter quand même.
L'occasion aussi de se désaxer : car problème n'est pas Bayrou ; au contraire même, il est notre force.
Donc je réponds "oui" sur l'importance de l'institution, de l'instance, du fonctionnement...
Rédigé par : Sylvain Canet | mercredi 10 juin 2009 à 00h07
Merci Frédéric pour cette excellente analyse.
Cela me fait plaisir de constater que nous ne sommes pas fini et que les idées originales du MoDem ressurgissent.
Je constate avec plaisir sur la toile que beaucoup commence à relever l'échine avec conviction
Alors oui je suis partant
Merci encore
Rédigé par : jacques Berthe | mercredi 10 juin 2009 à 04h10
Désolé sylvain je me suis trompé de prénom dans le mail précédent
Rédigé par : jacques Berthe | mercredi 10 juin 2009 à 04h17
cher Sylvain et ami(e)s du MODEM,
Je ne peux qu'abonder dans les idées de Sylvain, mais j'ajouterais aussi, dans les causes de notre échec, une vision trop anti-sarkhozienne du débat, qui n'était pas à l'ordre du jour.
Maintenant, il faut regarder vers l'avenir sans répéter nos erreurs : il s'agit des élections régionales. Il nous faut faire le ménage au sein de notre mouvement ( idées malencontreuses, personnes "troublantes"...) avant octobre, puis proposer AU PLUS TARD à la mi-novembre notre projet pour chaque région avec les élus qui participerons ( et dont beaucoup ont manqué lors des européennes)
Amiclaement
Nicolas Denis REMY
LYON
Rédigé par : REMY | mercredi 10 juin 2009 à 07h36
On ne peut que se retrouver dans ce billet. Plus que de rénovation, je dirais que nous avons besoin de novation. Ce bilan nécessaire aujourd'hui doit être le levier pour imaginer un "mouvement qui bouge" et qui ne soit pas statique et ankylosé dans les même travers qu'ailleurs et que nous sommes les premiers à critiquer. Amitiés,
Chantal
Rédigé par : force_hyeres | mercredi 10 juin 2009 à 22h26
J'approuve quasi tout, il n'y a que la vieille difficulté consensus/compromis sur laquelle je diverge cf mon blog.
Rédigé par : OrangeVerte | jeudi 11 juin 2009 à 08h45
Adhérente de base du modem et sans aucune expérience du militantisme politique mais exaspérée, parfois scandalisée par le sytème de fonctionnment de sarkozy/ UMP, j'avais espéré comme tous que les elections européennes seraient un étape positive dans la structuration et l'audience du modem.
ce fut un échec, tant pis, la vie continue.
Je suis assez d'accord avec les observations de Sylvain Canet dans l'immédiat j'aurais juste envie de dire ceci:
j'ai un rêve que
- François Bayrou qui est l'un des hommes du moment qui paraissait être le plus capable d'avoir de la hauteur de vue , oublie les querelles et fasse passer les intérêts qu'il veut défendre avant les mesquineries de l'ego, (tout le monde a déjà dit cela , moi je veux continuer de lui faire confiance)
- que les leaders actuels du modem restent au modem et ne prennent pas le chemin de la désertion,
- que les élus actuels du modem et ceux qui ambitionnent de l'être, se rappellent qu'il fut une époque où les idées et les progrès qu'elles pouvaient engendrer réussissaient parfois à suplanter l'ambition personnelle.
Est il donc impossible de faire qu'à un certain moment on est un élu parce qu'on correspond à une situation , et qu'à un autre moment on revienne à lasociété civil parce qu'un autre peut faire mieux que soi???
en tout cas bon courage à ceux qui oeuvrent à la restauration du parti . Je pense que rien n'est perdu.
Annie Péron
Rédigé par : Annie Peron Levy | jeudi 11 juin 2009 à 14h37
Merci Annie je rejoins ta synthèse. Toutefois 3 points importants ont été soulevés ds celle de Sylvain: Où est passé le modem 2007 qui a tant fait vibrer? Où est cette mixité qui aurait du en faire un parti unique?
2eme pt Comment et pourquoi Cohn Bendit a reussi à rassembler là où Bayrou a échoué?
3eme pt Une remise en cause de notre "leader" inexistante (la faute à un film programmé depuis 5ans le succès du livre, dérapage etc...)lui n'y est pour rien normal.Quand il y a "des résistances, maladresses" lui seul aurait du les entendre, les comprendre les analyser pr leur donner un nouveau cap.Voilà le vrai rôle d'un rénovateur que je préfère à "Réformateur", donc le fait de dire que Bayrou n'est pas la cause de cette "surdité" revient à dire qu'il vaut mieux boire du zero où du light.
Pour le 1er pt tt a été dit et trés bien dit. 2eme pt: les verts ont tt simplemement répondu aux attentes des français.Bayrou qui était le seul vrai opposant face à Sarkosy avait un tapis rouge déroulé devant lui: la crise comment y répondre: smic européen, délocalisation éducation, diplôme reconnu partout en Europe, l'écologie génératrice d'emplois, à quand une loi européenne sur la pédophilieetc..Eva joly chez les verts a fait figure de gardienne du temple et a apporté l'image rassurante de la vraie combattante qui va jusqu'au bout. Les verts sur les marchés malgé les pts oranges ont réussi à interpeller les jeunes.Au modem aucun débat inutile puisqu'on était les plus forts.Personne n a expliqué aux jeunes ce qu'était et à quoi servait l'europe , ses enjeux."Allez voter" pour qui? pourquoi? un parti? des idées?Ces mêmes jeunes ne représentent pas la "bof génération" terme intolérable entendu ici et là. Regardez les écoutez les, les messages sont forts, intenses.Ils demandent et attendent beaucoup de nos dirigents, contrairement aux idées reçues.Cette même jeunesse qui doit se construire au quotidien au sein de famille décédée recomposée homosexuelle monoparentale.Europe écologie a reussi à les capter là où on attendait le retour du modem.Mais tant pis, la vie continue.
Magali
Rédigé par : magali sucquart | dimanche 21 juin 2009 à 00h25