"Bougeons avec La Poste !" Jamais slogan n'aura plus de sens qu'aujourd'hui.
On ne peut laisser faire ces attaques permanentes contre un service public auquel nous sommes attachés.
Cette poste à coté de chez nous est la nôtre. Au même titre que l'école ou l'hôpital, c'est là que la France se retrouve, communique, échange et crée du lien social.
Beaucoup a été dit sur ce projet fou qui veut transformer la nature même d'un service public qui "rend des services au public" (rappelons-le) au coeur de notre pays, partout. (Retrouvez-ici le communiqué de presse du MoDem 92, par exemple).
J'aimerais plutôt revenir sur ce que je ressens à chaque fois que je rentre dans une poste.
A l'arrivée, une file d'attente vous rappelle que nous sommes nombreux à nous y rendre et à en attendre beaucoup. Franchement pas si impressionnante, comparée à celle du cinéma ou du supermarché, mais elle suffit pour que se déclenchent des réactions agressives de mes concitoyens : ça râle, ça trépigne, ça maugrée en prenant à témoin son voisin sur "ces fonctionnaires qui décidément...". Une sorte de jeu de rôle incontrôlable, un atavisme qui ressurgit et provoque une poussée d'urticaire contre le service public ; ça s'engage mal et c'est irrépressible, semble t-il : ce service public est fautif quoi qu'il en soit de son efficacité pourtant évidente.
Cette scène est plus souvent connue en milieu urbain. En vacances, en milieu rural ou estival, comme par enchantement, vous allez mieux ; tout va mieux.
Mais pourquoi ce ne sont pas les mêmes exaspérations qui nous assaillent dans cette même queue du cinéma ou du supermarché ? Et si tout cela n'était qu'une question d'angle de vue ?
Une fois le tour du client impatient venu, le pauvre postier derrière le comptoir (je ne dis pas guichet, car déjà ça vous énerve en me lisant) devient la cible d'éructations à la moindre réponse qui ne collerait pas à ses exigences. Il y a des règles qui le protègent et nous protègent, il les rappelle, mais ça ne plait pas. Quelle patience ils ont ; et à quel point ce qu'on exige d'un bon service public rend irascible ce client.
Plus irascible en tout cas qu'avec ce serveur qui vient de vous jeter votre petit crème sur le comptoir dans un grognement typiquement français. Moins indulgent qu'avec ce patron de supermarché qui nous inflige son cube à fric et en acier en rase campagne sans être capable d'embaucher plus pour nous éviter la queue aux caisses le samedi matin.
Mais eux, ce ne sont pas nos impôts qui les payent. Le quotidien du postier derrière le guichet, c'est 60 millions de "petits patrons" impatients qui traitent leur agent comme jamais ils n'accepteraient d'être traités eux-mêmes.
Combien de fois j'ai eu envi de crier: "Mais rendez-vous compte tous les services que cette "entreprise" vous rend. Votre courrier est acheminé en une seule journée, vos recommandés vous assurent une garantie juridique pour nombre de petites histoires. La Poste vous permet de transférer un mandat à votre fiston sans le sous, en camping dans un trou paumé au fin fond de la Bretagne ; votre argent y est sous bonne garde à la Caisse d'Epargne (et même, il prospère); vos colis filent aussi vite qu'avec n'importe quel autre service mondialisé ,... Franchement nous avons là une belle machine, une mécanique vraiment bien huilée dont les services quotidiens se comptent en millions de transactions et procédures règlementées pour le bien de tous... ça suffit ces critiques alors que la performance est là ! "
Quand La Poste sera une entreprise privée elle devra répondre à des impératifs de rentabilité, de marges financières, et ainsi la logique comptable prédominera à l'embauche : pensez-vous qu'il y aura plus de postiers pour vous servir ?
J'en ai assez de cette croyance presque idéologique qui veut que le privé serait plus efficace que le public. Je ne le vérifie pas quand je téléphone à telle ou telle grande entreprise qui a externalisé ses services et que je tombe sur un opérateur téléphonique quasi-inhumain qui me répond de façon quasi-mécanique et reste incapable de s'adapter à ma demande parce que son écran quasi-couillon n'a pas prévu la réponse à ma question.
Être fonctionnaire, c'est se dévouer au service du public. Dans une société entièrement vouée à l'appât du gain, ce serait une tare ? Il est temps de regarder avec un autre regard ces employés de La Poste ou de France Télécom, de l'éducation nationale, de l'hôpital ou de la police.
La Poste je la garde et je la veux pour nous tous et non pour enrichir des actionnaires.




Commentaires