La Commission Nationale Education du Mouvement démocrate que j'ai l'honneur d'animer et les militants du MoDem sont en phase avec François Bayrou. Le Président du Mouvement Démocrate et ancien ministre de l’Education s’insurge dans le JDD contre l’expérience d’une cagnotte anti-absentéisme voulue par le gouvernement. Pauvre et affligeante carotte, en effet !
Cette prise de position publique du Président du Mouvement Démocrate valorise notre combat pour une autre école. La commission nationale éducation du MoDem dénonce avec la même force ces dérives et s'inquiète de ce contrat social et républicain qu'on égratigne tous les jours un peu plus.
Les dernières mesures du plan de "sécurisation des établissements et suivi de la délinquance" avec la mise en place de brigades d'intervention dites "équipes mobiles de sécurité" ou de système de vidéosurveillance relèvent d'une logique sécuritaire. Notre réaction vous sera bientôt communiquée.
Donner de l’argent pour que les élèves aillent en classe, c’est une solution?
C’est une histoire de dingue. Une dérive inacceptable, un incroyable déplacement des valeurs de nature à troubler encore un peu plus les repères des enfants. A l’école, l’argent ne devrait pas avoir droit de cité. L’école pour les familles est le ieu où ce qui compte n’est pas l’argent mais le savoir, le respect
et l’autorité. Au fond, on en arrive à considérer que l’assiduité à l’école n’est pas une chance offerte à l’enfant, mais une attitude à récompenser. On ne peut pas fausser l’esprit des élèves à ce point. Dès l’instant où un tel principe est accepté, on peut craindre qu’il ne soit généralisé. Les enfants diront: "je ne viens pas parce que tu ne me donnes pas de thune!"
Mais en Angleterre, où, depuis 2008, des adolescents de 16 à 18 ans sont payés entre 11 et 33 euros par semaine pour aller en cours, ce type de mesures semble marcher…
C’est exactement la société dont je ne veux pas. Là-bas, l’école est payante et très chère. L’idée qu’il faudrait entrer dans un système de "marchandisation" de l’école est mauvaise. Payer pour aller à l’école ou se faire payer pour aller à l’école, c’est la même chose. Il faut se battre pour arracher l’école au monde de l’argent.
N’est-ce pas déjà trop tard?
Je me bats pour que la société ne soit pas asservie à l’argent, spécialement à l ’école. Nous sommes entrés dans un modèle de société où l’argent est considéré comme maître et seigneur. C’est comme si, au sein d’une famille, un parent disait à son enfant: "je te donnerai de l’argent si tu acceptes de venir manger à table ou de prendre une douche". Ils sont devenus fous!
N’est-ce pas la conséquence des précédentes politique d’éducation?
Ce n’est pas vrai. Il y a quinze ans, l’école n’était pas dans cet état. Quand j’étais ministre de l’Education, 15% des enseignants disaient vouloir changer de métier ; aujourd’hui, ils sont 65 %. Je ne dis pas que c’était grâce à moi, mais les choses se sont vraiment dégradées. Je ne jette la pierre à personne, c’est difficile de diriger l’Education nationale.
Nicolas Sarkozy entend "mener une guerre sans merci contre les décrocheurs…"
Il faut livrer la bataille contre l’abandon des jeunes du système scolaire mais je ne suis pas sûr
qu’il faille utiliser des termes aussi violents. Depuis des années, on passe son temps à tenir des discours va-t-en-guerre et en même temps tout s’aggrave dans les prisons, les banlieues, l’école.
Cela vous étonne-t-il que Martin Hirsch, haut-commissaireà la Jeunesse, cautionne ces mesures?
De ce gouvernement-là, rien ne m’étonne. Avec eux, la France est entrée dans le cercle des pays
qui considèrent que l’argent est la valeur prédominante. J’imaginais que Martin Hirsch ne serait
pas partie prenante de ce système. Cela prouve que c’est tout le gouvernement qui va dans ce sens.
Est-ce pour vous une mesure symbolique du sarkozysme?
Je ne vois pas par quel chemin un responsable de la République française peut en arriver
à ce genre de réflexion. Ce sont des raisonnements courants dans la société britannique ou
américaine, mais le principe est inacceptable en France. Tousles jours, l’école est contaminée par l’argent: ainsi les leçons particulières se généralisent, elles sont même déductibles des impôts, et rares sont les étudiants qui, aujourd’hui, réussissent le concours de médecine sans avoir recours à des "écuries d’entraînement". Il y a un moment où notre pays doit choisir son cap.




Faire rentrer encore plus tôt les jeunes dans le monde du profit, vraiment ! Nous savons tous que seule l'efficacité de l'école fera son attrait.
Pour cela, il faut la rebâtir.
À nous de nous y atteler.
Rédigé par : isabelle resplendino | mercredi 07 octobre 2009 à 20h39