"Nous", l’un des plus beaux mots de la langue française. C’est pour ne l’avoir pas compris qu’un Président sortant a été sorti. Sans doute pensait-il pouvoir et devoir finir le travail engagé, mais il s'est compromis sur une certaine idée de la France.
"Nous" plutôt que "ils", "nous" plutôt que "eux", voilà ce que l'on est en droit d'attendre d'un président français. Une France unie et réunie au lieu d’une France qui s’effraie des autres, trop complaisante avec ses intolérances.
Pendant le temps d’une campagne, un candidat préféra mettre en mots, comme on met en joue, la peste et l'étranger, opposer la France qui travaille à la France des assistés, stigmatiser les bons et les mauvais, départager les élus et les sans grades, diviser plutôt que rassembler. Une France aigrie, focalisée sur ses rancunes et ses travers, a fini par sentir le renfermé et manquer d'air quand ses meilleures valeurs s'étouffaient d'apoplexie. En préférant l’archaïsme et les frontières, il n’a pas su faire rêver, encore moins ouvrir les horizons vers de nouvelles conquêtes comme il le fit en 2007 par un discours sur la rupture et le changement.
Une stratégie aux fondements idéologiques moralement critiquables a été déployée depuis plus d’un an par une UMP courageusement soudée autour de son chef mais aveugle de sa propre perte quand fleurissait un Buisson trop ardent.
Diviser, exclure, discriminer, n’emporte jamais l’adhésion d’un peuple qui s'est construit de toutes ses forces et de toutes ses couleurs depuis des millénaires.
Nous ne sommes pas faits de communautés, nous formons une communauté. Elle est singulière et étayée par ses racines, ses diversités et ses créativités depuis 1789 et depuis plus loin encore. La nation française parle et vit de toutes ses langues régionales et de tous ceux qui la traversèrent au cours de sa longue histoire. Son unité ne remonte pas aux seules guerres civilisatrices, ni au derniers soubresauts de la décolonisation, terrorisme compris. L'histoire immédiate nous secoue, encore plus quand on l'agite à mauvais escient. L'universel s'est inscrit en nous à l'aube de notre existence. C’est dire que même la mondialisation ne doit pas être crainte par "nous". Les français le savent ; en tout cas le sentent. Nous avons de quoi reconquérir un bien plus bel orgueil que le seul nationalisme identitaire.
Il en va ainsi des cultures, des différences sociales, ethniques, sociétales, générationnelles comme des composantes politiciennes qui traversent nos familles françaises. Nous respirons ensemble, toujours conscients de l'autre en nous, tout autant que gardien de nos particularismes. Nous restons un peuple politique qui sait lire ce qui le construit, ce vivre et ce faire ensemble, et sait choisir ce qui nous rapproche plutôt que ce qui nous déchire et nous déconstruit.
Il fallait savoir protéger et accueillir, rassembler et rassurer, incarner et dépasser.
Les français ont choisi un Président qui a su imposer son sourire à un Président qui nous imposait les rictus de la peur.
C’est vers des positions plus gaullistes qu’il aurait fallu probablement se tourner plutôt que succomber aux sirènes des profondeurs bleues marine.
Une séquence législative s'ouvre. Souhaitons que la droite humaniste ne s’amalgame pas aux pensées brunes qui sont venues la détourner de ses valeurs. La campagne présidentielle terminée, c’est vers la République qu’il faut se recentrer. Une recomposition sans décomposition est possible à condition de préférer la lumière à l'ombre.
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